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Un de nos plus grands penseurs, Elvis Gratton, a brillamment résumé ce que sont les profondes motivations de notre belle et subtile société de surconsommation… Et cette idée maîtresse, c’est : Think Big ! Si la devise olympique est depuis longtemps : Plus Vite ! Plus Haut ! Plus Fort ! ce qui est en soi, une véritable ode au dépassement, on y a désormais ajouté : Plus Gros ! Plus Nombreux ! et Plus Emballé. Non seulement y a-t-il donc dépassement, mais notre consommation, dépasse l’entendement… Car qui dit gros consommateurs, dit aussi gros producteurs de matières résiduelles… On estime en effet que le « gisement » mondial de déchets collectés, serait de 2,5 milliards de tonnes par an. Et ce qui est encore plus problématique, c’est que nous en générons davantage, d’année en année. C’est malheureusement ce que révèle le premier panorama mondial de l’industrie du déchet, un portrait réalisé en 2006, par l’institut européen de recherche et d'études Cyclope, pour la transnationale Véolia. Juste pour vous donner une idée de ce que représentent 2,5 milliards de tonnes de déchets? C’est plus encore que tout le volume mondial de céréales produit sur terre pour les humains et le bétail.
Et dans ce palmarès résiduel, en bon citoyen du monde, le québécois fait sa part, en matière, non recyclée, de production de déchets. Chaque citoyen québécois, génère en effet chaque année en moyenne, une tonne et demie, donc 3000 lbs de matières résiduelles. Là encore, la « performance » est en constante hausse. L’ode au dépassement a donc bel et bien été comprise. Nous dépassons, en effet, nos limites. Le Fonds mondial pour la nature, le WWF, estime qu’à ce rythme, il nous faudra non pas une, mais 2 planètes, d’ici 2050 pour répondre à nos besoins de consommation et disposer de nos déchets. Pire encore, s’il fallait tout d’un coup que tout le monde se mette à surconsommer comme nous, nord-américain, ce qui n’est pas à souhaiter, ce n’est pas une, ni deux, mais bien 6 planètes dont nous aurions besoin…
Ce qui m’emmène, déchets faisant, à vous jaser de notre empreinte écologique… Vous êtes familier avec cette relative « nouvelle » notion, qui date quand même du début des années 90 ? Non ? Quand vous marchez dans la neige, vous laissez une trace, une empreinte qui témoigne de votre passage ? Il en est de même de votre « passage » sur terre. Votre empreinte écologique, c’est en fait la superficie de la planète que vous monopolisez, en ressources naturelles, pour répondre à vos besoins. Tout dépendant de votre rythme de vie, vous consommerez en effet plus ou moins d’eau, de bois, d’air, de minerais, de pétrole, pour vous nourrir, vous vêtir, vous loger, vous transporter... De même, puisque votre consommation génère de multiples déchets, votre empreinte écologique témoignera de la portion de planète que vous sollicitez pour en disposer. Pas mal hein comme polaroid ?! OK, voyons maintenant à quoi peut ressembler votre empreinte ?
On estime que chaque humain pourrait grosso modo disposer de 1,8 hectare de planète, pour subvenir à ses besoins en ressources naturelles, et ensuite disposer de ses déchets. 1.8 hectare de terres et de mers biologiquement productives, cela respecterait la capacité de régénération de la planète. C’est grand comme l’équivalent de 10 patinoires de hockey. Le hic, c’est que depuis la fin des années 60, nos activités humaines dépassent toujours plus la capacité de régénération de la planète. Car au lieu du 1.8 hectares qui serait « acceptable », un citoyen des Émirats arabes unis par exemple, en monopolise plutôt, presque 10. L’américain lui, sollicite 9 hectares et demi. Quant au Canadien moyen, son empreinte est moindre, mais malgré tout 6,4 hectares, près de 4 fois trop. Le cousin français suit avec 5.8. Nos frères chinois et indiens, sont loin derrière, pour l’instant du moins, avec respectivement 1.5 et .8 hectare. Mais leur actuel rythme de développement tous azimuts est déjà en train de gonfler leur empreinte.
Vous comprenez sans doute mieux pourquoi j’ai décidé de vous parler de l’empreinte, avant de vous jaser de la Semaine de réduction des déchets ? Simplement parce qu’on ne peut parler de réduire nos déchets sans parler à la base de diminuer notre consommation. Car la récupération et le recyclage ne suffisent pas….Ça me fait penser une de mes collègues, chroniqueuse à Salut-Bonjour-Week-End, et que j’adore, toute fière de me dire qu’elle récupérait, 3 bacs pleins par semaine. J’ai beau imaginer que c’étaient 3 petits bacs, et non les nouveaux grands formats, n’empêche… L’anecdote est fort révélatrice. On a tellement mis l’accent sur l’importance de récupérer, qu’on a oublié que c’était un moindre mal… Dans le sens, ou oui, on peut atténuer notre production de déchets, en participant à la collecte sélective, mais à la base, ça ne suffit pas. Comme je le soulignais dans une récente chronique, (entrevue.asp?ID=46808 ) on a beau récupérer plus qu’avant, si on consomme toujours plus à la source, en bout de bac, on ne réduira pas vraiment nos déchets. La preuve, même si on a augmenté le taux de récupération des matières recyclables de 15% entre 1994 et 2004, la quantité de déchets voués à l’élimination a elle aussi augmentée, tant et si mal qu’on enfouit encore plus de déchets qu’en 1994. Ce n’est pas un mantra, mais rappelez-vous de ce mot d’ordre… « Réduire nos déchets à la source ! » c’est le fondement premier de la consommation responsable.
C’est pour cette raison, qu’en cette semaine nationale de réduction des déchets, j’ai pensé vous familiariser avec une formule, qui n’est pas magique, mais qui a le mérite d’être très efficace. En éducation au développement durable, on parle souvent des 3R, et même des 5 et des 6R… Mais tenons en nous au 3R…Vous allez voir, c’est pas chinois, mais c’est tout aussi productif… Je n’apprendrai peut-être rien aux élèves qui fréquentent un établissement vert Brundtland, ou aux membres d’Environnement Jeunesse ou du Club 2/3, mais juste pour vous, chers lecteurs, au cas, allons-y ! Les 3R ce sont, Réduire (à la source), Réemployer, et enfin Recycler ou composter, et n’oubliez pas, dans l’ordre, de priorité…
Concrètement ça veut dire quoi ? L'emballage représente environ la moitié du volume et jusqu’au tiers du poids de nos déchets. Alors si on veut Réduire (1e R), ça vaut le coup par exemple d’acheter en vrac, sinon des produits peu ou pas du tout emballés. À la maison, procurez-vous de préférence des produits polyvalents, pour l’entretien ménager par exemple, ça vous évitera de devoir utiliser 12 petits contenants ou vaporisateurs ayant supposément chacun, leur spécialité. Lorsque vous vous rendez au marché d'alimentation, apportez vos sacs réutilisables en tissu ou en plastique durable, vous éviterez qu’on produise pour vous 350 petits sacs jetables par année. Tenez, juste en fermant le robinet, lorsque vous vous brossez les dents, vous économiserez de 5 à 15 litres d’eau. Même logique dans nos bureaux, redécouvrez les vertus du recto verso… Vous ne ferez pas que couper en deux votre facture d’achat de papier, vous couperez aussi en deux, ce qui devra bien en bout de ligne être jeté ou recyclé…Ça va pour le premier R ? Réduire !
Le 2e R= Réemployer, maintenant… Vous pouvez réemployer les contenants vides de yogourt pour y entreposer des légumineuses achetées en vrac. Ma blonde et moi gardons avec soins les petits pots de verre de nos amies, dans lesquels elles nous ont fait goûter leurs ketchups-maison, et leurs gelées de porto ou de pommettes, pour que ces petits pots puissent être réutilisés, et qu’on puisse en ravoir, non, mais… Lorsque nos vêtements ne servent plus, on ne les jette pas, on les donne, et on leur donne ainsi une seconde vie. S’ils sont trop usés, nous les métamorphosons en pratiques guenilles….Je suis sûr que vous en faites autant… Dans le même ordre d’idée, les boîtes à souliers, en carton, nous servent à ranger nos archaïques photos sur papier. Les exemples de réutilisation sont multiples.
3e R enfin, Récupérer pour qu’on puisse recycler. C’est sans doute ce qu’on a le plus facilement compris, ici du moins au Québec. Même s’il y aura toujours des irréductibles, on a fait un méchant beau bout de chemin depuis les années 60. Faut dire qu’on partait de loin. Et les perspectives de récupérer encore plus sont bonnes. Il y a quelques jours à peine, on nous annonçait qu’enfin, des efforts seraient fait pour développer la récupération, dans les lieux publics tels les arénas, les parcs, les abribus, ainsi que dans les restaurants, bars et hôtels du Québec jusqu’à maintenant desservis par un système déficient. Des gros joueurs comme la S.A.Q., l’Association de l’aluminium, des embouteilleurs comme Nestlé et Danone sans oublier Recyc-Québec injecteront 6 millions de dollars ces 3 prochaines années, pour étendre et donc « faciliter » encore plus, la récupération.
Cela dit, n’oubliez pas… Si on veut moins de déchets, la solution passe avant tout par la Réduction à la source, et ces jours-ci au Québec, comme partout au Canada et même ailleurs, on incitera et les citoyens et les municipalités à donner l’exemple. Nos villes seront invitées à s’impliquer en organisant au moins une activité dans le cadre de la Semaine québécoise de Réduction des Déchets (www.sqrd.org) Mais plus encore, puisqu’on s’attaque à un réel changement de mentalité, nos villes seront invitées à s’engager à long terme. J’avoue que c’est cette dimension qui m’intéresse particulièrement. Allez découvrir leurs engagements, ça donnera peut-être des idées à votre conseil municipal. Ainsi par exemple, à Amos, on incite déjà les employés municipaux à utiliser une vraie tasse ou un vrai verre, plutôt que des verres jetables en styromousse ou en carton. De même, les membres du personnel sont invités à apporter leur lunch dans des contenants réutilisables. Enfin, on instaurera bientôt officiellement une politique d’impression recto verso, et d’utilisation du papier recyclé. À St-Lambert en Montérégie, on s’attardera à développer la collecte sélective dans les blocs appartements, souvent très mal desservis au Québec. Ailleurs, ce sera la promotion du compostage, ou la collecte des piles, sinon la ferme décision de revenir à de la vaisselle durable dans les cafétérias et cuisines, en lieu et place de la damnée vaisselle jetable. Bref, ça va bouger…un peu… J’ai hâte en effet que plus de municipalités embarquent… Car le temps presse. Et une semaine de sensibilisation risque de ne pas suffire…
Bon je vous laisse, je dois sortir mon petit bac de restants de table (végétaux uniquement) pour aller le porter dans « Lili » mon grand composteur dehors. En passant, depuis qu’on composte dans notre cour, on a réduit du tiers le volume de nos ordures. Ce n’est qu’un geste parmi tant d’autres, mais il a des répercussions bien concrètes et bien visibles. Alors… À vous de trouver votre façon de faire… À bien y penser, on arrivera peut-être à revoir la portée du slogan « Think Big », non pas en « Pensant Gros » mais en pensant plutôt à de gros changements de comportement qu’on pourrait tous concrétiser dès maintenant, par de petits gestes…
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