Plus de 75 % des enseignant·es sondé·es manquent de temps pour mettre en place des pratiques inclusives afin de mieux accompagner les jeunes en difficulté d'apprentissage, qui représentent près du quart des élèves*. Ces données résultent d'un récent sondage mené par l'Institut des troubles d'apprentissage (Institut TA) auquel ont répondu plus de 2200 professionnel·les de l'éducation à travers le Québec. Ce portrait du terrain a été réalisé en marge de leur 51e congrès en éducation inclusive, qui se tiendra du 18 au 20 mars prochain.
Les données recueillies relèvent les défis suivants comme obstacles au soutien des élèves ayant des difficultés d'apprentissage :
- le nombre élevé d'élèves avec besoins particuliers : 63% des répondant·es
- le manque de temps pour intervenir en petits groupes ou individuellement : 46 % des répondant·es
- le climat de classe difficile : 27 % des répondant·es
- l'accès limité aux spécialistes (orthopédagogues, psychoéducateurs, orthophonistes, etc.) : 24 % des répondant·es
Ces résultats proviennent d'enseignant·es expérimenté·es alors que 70 % des répondant·es cumulent plus de 10 ans d'expérience dans le milieu de l'éducation.
« La volonté est là, les enseignant·es veulent soutenir tous leurs élèves, mais il leur faut du temps, des ressources et des collègues avec qui avancer. Quand près d'un élève sur quatre vit avec des défis d'apprentissage, l'inclusion n'est plus un projet : c'est une nécessité pour notre système éducatif. »
- Lyne Maurier, directrice générale, Institut des troubles d'apprentissage
Le manque de temps : le nœud du problème
Lorsqu'on demande aux professionnel·les de l'éducation ce qui les empêche de mettre en place davantage de pratiques inclusives, la réponse est sans équivoque : plus de 75 % pointent le manque de temps dans un horaire déjà surchargé pour planifier ou réviser leurs pratiques. Derrière ce constat se dessine aussi un enjeu de soutien : 20 % mentionnent le peu de collègues avec qui initier le changement, les contraintes budgétaires et administratives ainsi que le manque de formation continue.
Ces chiffres appuient ce que la recherche a déjà démontré : pour enclencher un réel changement de pratiques, il faut aux enseignant·es du temps pour réfléchir, se former, planifier et discuter en équipe. Le rôle des directions d'école, des conseiller·ères pédagogiques et des leaders du milieu est donc nécessaire.
« Les pratiques inclusives ne s'improvisent pas. Elles se construisent, se partagent, se bonifient dans l'échange entre collègues. Pour y arriver, il est nécessaire de libérer les enseignant·es de leur classe et leur offrir des espaces de formation, de planification et de collaboration. Actuellement, le manque de budget et de ressources en éducation est là où le bât blesse. »
- Marie-Philippe Goyer, directrice développement et contenus pédagogiques, orthopédagogue, Institut des troubles d'apprentissage
Un 51e congrès en éducation inclusive pour aller plus loin
Le sondage révèle néanmoins une réalité encourageante : environ 1 enseignant·e sur 3 utilise régulièrement des pratiques inclusives spécifiques comme le co-enseignement, la triangulation des preuves d'apprentissage, les routines visuelles et les soutiens organisationnels ainsi que les rétroactions fréquentes et constructives. Le recours au numérique pour favoriser l'accessibilité (synthèse vocale, supports visuels, prédiction de mots) demeure la pratique inclusive la plus répandue, 41 % des répondant·es ayant indiqué l'utiliser régulièrement.
C'est précisément pour initier et soutenir les changements de pratiques dans le milieu de l'éducation que l'Institut TA organise, du 18 au 20 mars prochain, son 51e congrès en éducation inclusive. Cet événement est le plus grand événement de son genre en Amérique du Nord : 16 000 personnes auront accès aux 75 conférences présentant les meilleures pratiques pédagogiques inclusives basées sur la recherche ainsi que des stratégies d'enseignement concrètes et applicables immédiatement. Le Dr Jean-François Chicoine donnera le coup d'envoi d'une programmation d'envergure, portée par des expert·es reconnu·es dont Daniel Daigle, Steve Masson, Mélanie Paré et Martin Lépine ainsi que des personnalités inspirantes telles que Fabrice Vil, Kim Thùy et Égide Royer .
*OFFICE DES PERSONNES HANDICAPÉES DU QUÉBEC (2024). Mieux connaître les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage : portrait annuel : édition 2024, Drummondville, Secrétariat général, communications et affaires juridiques, L'Office, 17 p.







