Le jeudi 14 mai 2026
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UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
De l'intimidation entre professeurs dans les universités québécoises

14 mai 2026

Une nouvelle étude lève le voile sur ce phénomène limité, mais aux lourdes conséquences. 

Quand on parle de l'intimidation en milieu universitaire, on pense à la communauté étudiante. Ce sujet a fait l'objet de nombreuses études. Mais on entend très peu parler dans la littérature scientifique d'intimidation entre membres du corps professoral. Une équipe de recherche québécoise composée de Catherine Malbœuf-Hurtubise (Université Laval), Jonathan Smith (Université de Sherbrooke), David Lefrançois (Université du Québec en Outaouais) et, de l'Université de Montréal, Marc-André Éthier, Sébastien Béland et sa postdoctorante Cynthia Vincent a souhaité lever le voile sur ce sujet tabou.

Cette étude inédite, qui a sondé plus de 1000 professeurs et professeures à travers le Québec, révèle que, si le phénomène reste limité, ses conséquences peuvent être dévastatrices et que ses racines sont profondément ancrées dans la culture universitaire de la performance, dans un contexte où les ressources sont rares. Les résultats de ces travaux seront présentés au 93e Congrès de l'Acfas le 14 mai.

L'intimidation concernerait tout le monde 

L'étude repose principalement sur un sondage mené auprès de plus d'un millier de professeurs et professeures de différentes universités québécoises et de différentes disciplines qui ont pu s'identifier comme cibles, témoins ou auteurs d'actes d'intimidation. Il a ensuite été complété par des entrevues approfondies. L'équipe de recherche a constaté que ce problème concerne tous les grands champs disciplinaires, des sciences sociales aux technologies en passant par les sciences de la santé. 

Les résultats ont fortement étonné les chercheurs. Bien que «l'échantillon ne soit pas généralisable à toute la population professorale», rappelle Sébastien Béland, la moitié des répondantes et répondants rapporte avoir été la cible ou le témoin de gestes d'intimidation entre collègues. Les femmes et certains groupes minoritaires sont plus exposés, mais aucune différence significative n'a été observée, ce qui laisse entendre que l'intimidation peut toucher n'importe qui.  

Quant aux personnes qui ont avoué avoir déjà intimidé un ou une collègue, elles représentent trois pour cent de l'échantillon. L'équipe reste toutefois prudente, puisque les analyses ne sont pas terminées. 

La culture de la compétition et le poids du système 

Pour comprendre l'origine de ces comportements, les chercheurs pointent du doigt une culture axée sur la lutte pour des ressources limitées. Dans un environnement où l'excellence est mesurée par des critères purement quantitatifs (nombre de publications, subventions obtenues, prix prestigieux gagnés), la collégialité peut être sacrifiée sur l'autel de la productivité. 

Même si une culture de bienveillance est officiellement mise en avant dans les discours institutionnels sur l'équité, la diversité et l'inclusion, les structures de pouvoir et d'évaluation demeurent des terreaux fertiles pour l'abus. 

Les visages et le coût humain de l'intimidation  

L'intimidation entre collègues se manifeste souvent par des microagressions répétées et des tactiques de dévalorisation subtiles. Plusieurs témoignages recueillis dans les entrevues font état de situations où des professeures et professeurs sont critiqués ou rabaissés devant leurs pairs ou systématiquement mis au silence dans des assemblées départementales.  

Le coût humain de ces comportements est immense, tant sur le plan personnel que sur le plan social. Les chercheurs ont rencontré des professeures et des professeurs en profonde souffrance, certains fondant en larmes dans les entrevues. «Il y a un coût à tout ça, ce sont des arrêts de travail, des dépressions», alerte Sébastien Béland, ajoutant que les tensions vécues à l'université se transportent inévitablement au sein des familles. Malgré le fait que le métier de professeur est privilégié, les répercussions psychologiques de la toxicité au travail ne devraient pas être sous-estimées, car elles concernent non seulement le bien-être individuel, mais aussi la mission globale de l'université.

Vers une responsabilité individuelle et collective 

Bien que l'analyse des données soit toujours en cours, les chercheurs souhaitent que leur travail serve de catalyseur pour une prise de conscience dans la communauté universitaire. Le phénomène, bien que qualifié de limité, reste suffisamment présent pour que de nombreux professeurs et professeures en aient été témoins ou aient entendu parler de climats toxiques dans leur département.  

L'étude, qui n'a bénéficié d'aucun financement, a été menée par pur engagement professionnel devant un besoin jugé criant. En analysant ces «luttes cachées» dans les universités anglophones et francophones du Québec, l'équipe de recherche espère briser ce silence. «Ce climat pourrait s'améliorer grâce à une plus grande sensibilisation», conclut Sébastien Béland. 

Pour plus d'information

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