Alors que des recherches montrent une dépendance croissante des étudiant.e.s de l'enseignement supérieur à l'égard de l'intelligence artificielle (IA) pour leurs travaux, ce qui accroît le risque de plagiat, une nouvelle étude indique que 74 % des enseignant.e.s de Cégep à travers le Québec ont modifié leur méthode d'évaluation des performances des étudiant.e.s.
En effet, près d'un quart de ces enseignant.e.s ont imaginé des moyens créatifs de s'attaquer à ce problème, souvent qualifié d'« AI-giarism », et, ce faisant, contribuent à renforcer les capacités de réflexion cognitive du corps étudiant, notamment en les sensibilisant à la manière dont ils utilisent la technologie pour soutenir leur apprentissage.
Tel est le message de la Prof. Lisa Giachini, enseignante et chercheuse au Cégep Édouard-Montpetit, qui présentera les conclusions de cette étude lors du Sommet Voir Grand : Point d'Inflexion, un rassemblement académique national consacré aux sciences humaines, qui se tiendra du 9 au 11 juin à Edmonton.
Organisé par la Fédération des sciences humaines, le Sommet Voir Grand : Point d'Inflexion rassemble des chercheur.euse.s, des décideur.euse.s politiques, des leaders communautaires et des partenaires institutionnels afin d'examiner les questions urgentes qui façonnent l'avenir du Canada. Proposant des conférences, des présentations de recherche, des séances axées sur les données factuelles et des événements de réseautage, cet événement vise à promouvoir le rôle des connaissances en sciences humaines dans la vie publique.
Lors de cet événement, la Prof. Giachini - responsable du projet - présentera les résultats d'un volet de l'étude menée à l'échelle de la province, qui a permis d'interroger 345 enseignants.e. de 27 campus de Cégep au moyen d'un questionnaire en ligne. Vingt-sept de ces enseignant.e.s, issus de 10 cégeps, ont ensuite été interrogé.e.s afin de mieux comprendre leurs pratiques. Les réflexions partagées lors du Sommet Voir Grand exploreront la manière dont les enseignant.e.s issu.e.s de diverses disciplines évaluent leurs étudiant.e.s et si leurs méthodes d'évaluation ont évolué sous l'influence de l'IA.
« L'IA étant aujourd'hui si accessible aux étudiant.e.s, les établissements scolaires doivent redoubler d'efforts pour préserver l'intégrité académique face au plagiat, garantir l'équité du processus d'évaluation et veiller au développement cognitif des étudiant.e.s - une capacité que l'IA peut entraver », a déclaré la Prof. Giachini.
Son étude a révélé que si 26 % des enseignant.e.s de Cégep interrogé.e.s n'ont apporté aucun changement à leurs pratiques d'évaluation - estimant que leurs méthodes actuelles sont adéquates ou que le risque lié au plagiat est gérable -, environ la moitié (49 %) des répondant.e.s ont adopté des méthodes plus strictement contrôlées pour évaluer les étudiant.e.s. Cela inclut le recours exclusif à des tests en classe, l'application de directives d'examen plus strictes et de sanctions plus sévères en cas de plagiat.
Les 25 % restants des enseignant.e.s ont complètement transformé leurs évaluations en trouvant des moyens créatifs de les rendre plus complexes ou en exigeant des étudiant.e.s qu'ils/elles fassent preuve d'esprit critique ou qu'ils/elles appliquent leurs connaissances à des situations réelles, a expliqué la Prof. Giachini.
« Ce résultat a été particulièrement surprenant et met en lumière un phénomène frappant : face aux défis posés par l'IA, l'imagination humaine reste un puissant moteur d'adaptation », a-t-elle déclaré. « Il est fréquent chez les enseignant.e.s de maintenir le statu quo ou de faire passer des examens dans un environnement contrôlé, sans accès à la technologie, mais il est remarquable qu'un ce quart des enseignant.e.s mette l'accent sur l'évaluation des niveaux de compétence des étudiant.e.s - et pas seulement sur leur capacité à accomplir des tâches -, ce qui est l'objectif de l'éducation aujourd'hui ».
À titre d'exemple, elle a expliqué que bon nombre de ces enseignant.e.s évaluent les processus de réflexion des étudiant.e.s en leur demandant de réfléchir à la manière dont ils/elles utilisent l'IA pour produire leur travail. « Demander aux étudiant.e.s de répondre à des questions telles que : Quelles instructions avez-vous utilisées?; Pourquoi avez-vous posé ces questions à l'IA?; et qu'attendiez-vous de l'IA en fonction de vos instructions? nous permet d'évaluer la capacité des étudiant.e.s à planifier, justifier et évaluer leurs propres actions - ce qui constitue l'essence même d'une performance compétente dans n'importe quel domaine », a-t-elle déclaré.
La Prof. Giachini met en garde contre le problème croissant de la décharge cognitive, c'est-à-dire le transfert des tâches de réflexion humaine vers une machine. « Tout comme nous enseignons aux étudiant.e.s les bases des mathématiques avant de les autoriser à utiliser des calculatrices, il existe des tâches mentales que les gens doivent apprendre avant de les déléguer à l'IA. Une fois que nous avons acquis les bases et que nous passons à des objectifs plus complexes, il devient judicieux d'utiliser des outils qui se chargent des tâches élémentaires à notre place », a-t-elle déclaré.
« Les conclusions de cette étude invitent à une réflexion collective sur l'avenir de l'évaluation académique », a résumé la Prof. Giachini. « D'une certaine manière, l'IA nous a contraints à faire preuve de plus d'humanité et à travailler notre créativité, ce qui nous distingue justement de l'IA, et j'ai été étonnée de constater le haut niveau de créativité dont ont fait preuve les enseignant.e.s pour repenser les évaluations en un laps de temps relativement court ».
Le Sommet Voir Grand : Point d'Inflexion est parrainé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l'Université de l'Alberta, Affaires universitaires, l'Alberta Post Secondary Network, la Fondation canadienne pour l'innovation, Sage Journals, la Fondation Pierre Elliott Trudeau, Universités Canada et la Faculté des sciences humaines et sociales de l'Université d'Athabasca.
Les inscriptions sont ouvertes au public, avec des laissez-passer journaliers et de trois jours disponibles. Rendez-vous sur www.federationhss.ca/fr/sommet-voir-grand-2026 pour vous inscrire et consulter le programme des événements.









