Une étude menée par l'UdeM soutient que les personnes âgées de 18 à 29 ans devraient être suivies plus étroitement afin de faciliter la détection des nouvelles vagues de SRAS-CoV-2 et d'autres virus.
Une nouvelle étude témoigne qu'au cours des deux premières années de la pandémie de COVID-19 au Québec, au fil de sept vagues épidémiques, le SRAS-CoV-2 tendait à infecter d'abord les jeunes adultes avant le reste de la population.
Cela en fait un groupe démographique clé à surveiller alors que les responsables de la santé publique tentent de voir venir les nouvelles vagues de ce virus et d'autres, affirme l'équipe de recherche de l'Université de Montréal à l'origine de l'étude.
«Nos résultats indiquent que les jeunes adultes pourraient servir d'indicateur précoce d'une transmission communautaire émergente, constate Kate Zinszer, épidémiologiste et professeure agrégée à l'École de santé publique de l'UdeM (ESPUM). Le suivi des tendances à l'intérieur de cette tranche d'âge pourrait aider les autorités de santé publique à reconnaître plus tôt les nouvelles vagues et à réagir plus rapidement afin de limiter la propagation du virus.»
Tout au long de la pandémie, les cas de COVID-19 se manifestaient généralement au sein de foyers précis: ethniques, géographiques ou socioéconomiques. Les représentants de la santé peinaient toutefois à déterminer comment ces foyers apparaissaient et ce que les personnes touchées avaient en commun.
À partir des données de surveillance de la COVID-19 au Québec, recueillies entre février 2020 et août 2022 et couvrant sept vagues de la crise, la professeure Zinszer et ses collègues ont ciblé des caractéristiques associées au risque de figurer parmi les premiers cas d'un foyer.
Leurs résultats montrent que les jeunes adultes présentaient d'une manière constante un risque plus élevé d'être les premiers cas de grands foyers communautaires, ce qui laisse supposer qu'un suivi plus étroit de l'incidence de la COVID-19 dans ce groupe d'âge pourrait s'avérer crucial pour la détection précoce de foyers émergents ou de nouvelles vagues.
«Dans l'ensemble, notre étude apporte des informations précieuses aux autorités de santé publique en aidant à désigner les groupes prioritaires en première ligne de l'émergence des foyers et en soutenant la mise en place d'interventions sur mesure et adaptatives», écrivent les coauteurs de l'étude, parmi lesquels figurent Kate Zinszer et ses collègues de l'ESPUM Adrien Saucier (premier auteur) et Katia Charland, ainsi qu'Élise Fortin et Christine Lacroix, de l'Institut national de santé publique du Québec.
Les résultats de l'étude ont récemment été publiés dans la revue Spatial and Spatio-temporal Epidemiology.
Une analyse approfondie
Au total, les chercheurs ont examiné en détail plus d'un million de cas de personnes ayant été déclarées positives à la COVID-19. Pour chaque cas, ils ont recueilli des renseignements sur un large éventail de variables importantes.
Parmi ces variables se trouvaient l'âge de la personne, son sexe biologique, sa municipalité, la date à laquelle son infection avait été confirmée, le nombre de doses de vaccin qu'elle avait reçues jusqu'alors, la présence ou non d'une comorbidité (comme une maladie ou un autre problème de santé), son statut socioéconomique et si elle travaillait ou non dans le secteur de la santé.
Grâce à diverses analyses, l'équipe a pu relever, en moyenne, 37 foyers par vague, qui se sont répandus à travers le Québec à mesure que la pandémie s'étendait au-delà de Montréal vers des collectivités éloignées comme celles de la Basse-Côte-Nord et de la Gaspésie.
Dans l'ensemble des vagues, les caractéristiques les plus fortement associées au risque de figurer parmi les 25 % des premiers cas d'un foyer étaient l'âge et le statut de professionnel de la santé - ce dernier résultat n'est pas surprenant quand on considère que les professionnels de la santé étaient particulièrement vulnérables, puisqu'ils travaillaient en première ligne.
Un des facteurs inattendus était que les jeunes âgés de 18 à 29 ans présentaient également un risque plus élevé que les autres tranches d'âge, même si cette tendance variait légèrement d'une vague à l'autre.
Selon la professeure Zinszer, cela pourrait s'expliquer par le fait que les jeunes adultes disposent généralement de réseaux sociaux plus étendus, ont des interactions sociales plus fréquentes et s'engagent souvent dans des activités professionnelles, éducatives et communautaires qui augmentent les risques d'exposition.
«Ces facteurs peuvent les placer au premier plan de la dynamique de transmission, ce qui en fait un groupe important pour les efforts de surveillance précoce», ajoute-t-elle.
Variations selon les vagues
Une analyse plus approfondie des données montre que les personnes âgées de 70 ans et plus présentaient un risque moindre de se trouver parmi les premiers cas lors des première, quatrième et cinquième vagues. Quant aux professionnels de la santé, ils étaient moins à risque, lors de la première vague, que les personnes ne travaillant pas dans ce domaine, mais ils l'étaient davantage lors de la troisième vague.
«Cette étude compte parmi les premières études sur les foyers de COVID-19 à se concentrer particulièrement sur la désignation de sous-groupes ou de caractéristiques sociodémographiques associés à l'émergence de grands foyers communautaires», soulignent les coauteurs dans leur étude.
Cependant, les jeunes adultes n'étaient pas toujours les plus à risque de faire partie des premiers cas. Lors de la deuxième vague, trois tranches d'âge présentaient un risque plus élevé: les 5 à 11 ans, les 12 à 17 ans et les 30 à 49 ans. Ce dernier groupe présentait également un risque supérieur à celui des 18 à 29 ans durant la première vague.
L'étude révèle que les jeunes adultes et les adultes ont été des vecteurs importants de la transmission communautaire au début de la pandémie en raison de leur situation professionnelle et de leur mode de vie plus actif et plus social.
La seule période au cours de laquelle les enfants et adolescents âgés de 5 à 11 ans et de 12 à 17 ans ont présenté un risque plus élevé que les 18 à 29 ans correspond à la deuxième vague, qui a coïncidé avec le début de l'année scolaire 2020.
«À part cette exception, les enfants et les adolescents ne semblaient pas être à l'origine des foyers de COVID-19, mentionnent les coauteurs. Les personnes âgées n'étaient pas non plus particulièrement représentées parmi les premiers cas de foyers, ce qui pourrait s'expliquer par leur comportement plus prudent.»
L'âge avancé constitue un facteur de risque bien établi de souffrir d'une forme grave d'une infection par le SRAS-CoV-2, tout comme les comorbidités, ce qui a conduit ce groupe démographique à adopter des mesures de protection supplémentaires pour éviter l'infection, poursuivent les coauteurs.
«On aurait pu mieux en tirer parti»
Mais ce sont les jeunes adultes qui détiennent la clé, disent-ils.
Dans l'ensemble, «la lutte contre la COVID-19 aurait bénéficié de stratégies de santé publique spécialement conçues pour surveiller et prévenir les infections chez les jeunes adultes, qui semblent être à l'origine de la formation de grands foyers épidémiques, insistent les coauteurs. De telles stratégies pourraient inclure des campagnes de communication sur les risques adaptées à ce public, ainsi que la mise en place de mesures de dépistage sur les lieux de travail et dans les lieux de rassemblement».
«La désignation des groupes sociaux les plus susceptibles de figurer parmi les premiers cas des foyers émergents pourrait permettre de renforcer la surveillance et la prévention, non seulement pour la COVID-19, mais aussi pour d'autres maladies transmissibles», concluent-ils.
À propos de cette étude
L'article «A retrospective analysis of COVID-19 clusters in the Québec population from 2020 to 2022», par Kate Zinszer et ses collègues, a été publié le 12 avril 2026 dans la revue Spatial and Spatio-temporal Epidemiology.






